Le vaisseau d'or

28 05 2009



Ce fut un grand vaisseau taillé dans l'or massif :
Ses mâts touchaient l'azur sur des mers inconnues ;
La Cyprine d'amour, cheveux épars, chairs nues,
S'étalait à sa proue, au soleil excessif.

Mais il vint une nuit frapper le grand écueil
Dans l'Océan trompeur où chantait la Sirène,
Et le naufrage horrible inclina sa carène
Aux profondeurs du gouffre, immuable cercueil .

Ce fut un Vaisseau d'or, dont les flancs diaphanes
Révélaient des trésors que les marins profanes,
Dégoût, Haine et Névrose, entre eux ont disputés.

Que reste-t-il de lui dans la tempête brève ?
Qu'est devenu mon coeur, navire déserté ?
Hélas ! il a sombré dans l'abîme du Rêve !

Textes Émille Nelligan


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L'appel aux souvenirs

24 05 2009

Croise tes doigts insomnieux sur ta poitrine ;
Clos tes yeux. Que ta chair contrefasse les morts,
Et feigne leur sommeil sans espoir ni remords.
Permets à peine à l'air de gonfler ta narine.

Tu n'étais rien. Ta vie est vaine. La farine
Que tu tentas de moudre est réservée aux forts.
Croise tes doigts et clos tes yeux . Donne à ton corps
L'image de la paix argileuse et marine.

Accepte le néant que figure la nuit,
Fais le mort, puisque rien ne subsiste aujourd'hui
De tes élans, de ta fierté, de ta vaillance.

Mais dans ton coeur pacifié, dresse un autel
Et tends aux dieux secrets de ton adolescence
Ce qui reste du rêve où tu fus immortel.

Textes : Émille Nelligan


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Devant Mon Berceau d'Émille Nelligan

28 02 2008

En la grand'chambre ancienne aux rideaux de guipure

Où la moire est flétrie et le brocart fané,

Parmi le mobilier de deuil où je suis né

Et dont se scelle en moi l'ombre nacrée et pure ;

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Avec l'obsession d'un sanglot étouffant,

Combien ma souvenance eut d'amertume en elle,

Lorsque, remémorant la douceur maternelle,

Hier, j'étais penché sur ma couche d'enfant.

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Quand je n'étais qu'au seuil de ce monde mauvais,

Berceau, que n'as-tu fait pour moi tes draps funèbres ?

Ma vie est un blason dur des murs de ténèbres,

Et mes pas sont fautifs où maintenant je vais.

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Ah ! que n'a-t-on tiré mon linceul de tes langes,

Et mon petit cercueil de ton bois frêle et blanc,

Alors que se penchait sur ma vie, en tremblant,

Ma mère souriante avec l'essaim des anges !




Chapelle Ruinée d' Émille Nelligan

28 02 2008

Et je retourne encor frileux, au jet des bruines,

Par le délabrement du parc d'octobre. Au bout

De l'allée où se voit ce grand Jésus debout,

Se massent des soupçons de chapelle en ruines.

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Je refoule, parmi viornes, vipérines,

Rêveur, le sol d'antan où gîte le hibou ;

L'Érable sous le vent se tord comme un bambou.

Et je sens se briser mon coeur dans ma poitrine.

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Cloches des âges morts sonnant à timbres noirs

Et les tristesses d'or, les mornes désespoirs,

Portés par un parfum que le rêve rappelle,

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Ah ! comme, les genoux figés au vieux portail,

Je pleure ces débris de petite chapelle...

Au mur croulant, fleuri d'un reste de vitrail !