Devant Mon Berceau d'Émille Nelligan

28 02 2008

En la grand'chambre ancienne aux rideaux de guipure Où la moire est flétrie et le brocart fané, Parmi le mobilier de deuil où je suis né Et dont se scelle en moi l'ombre nacrée et pure ; Avec l'obsession d'un sanglot étouffant, Combien ma souvenance eut d'amertume en elle, Lorsque, remémorant la douceur maternelle, Hier, j'étais penché sur ma couche d'enfant. Quand je n'étais qu'au seuil de ce monde mauvais, Berceau, que n'as-tu fait pour moi tes draps funèbres ? Ma vie est un blason dur des murs de ténèbres, Et mes pas sont fautifs où maintenant je vais. Ah ! que n'a-t-on tiré mon linceul de tes langes, Et mon petit cercueil de ton bois frêle et blanc, Alors que se penchait sur ma vie, en tremblant, Ma mère souriante avec l'essaim des anges !




Chapelle Ruinée d' Émille Nelligan

28 02 2008

Et je retourne encor frileux, au jet des bruines, Par le délabrement du parc d'octobre. Au bout De l'allée où se voit ce grand Jésus debout, Se massent des soupçons de chapelle en ruines. Je refoule, parmi viornes, vipérines, Rêveur, le sol d'antan où gîte le hibou ; L'Érable sous le vent se tord comme un bambou. Et je sens se briser mon coeur dans ma poitrine. Cloches des âges morts sonnant à timbres noirs Et les tristesses d'or, les mornes désespoirs, Portés par un parfum que le rêve rappelle, Ah ! comme, les genoux figés au vieux portail, Je pleure ces débris de petite chapelle... Au mur croulant, fleuri d'un reste de vitrail !