La nuit lorsque je dors

09 02 2010



La nuit lorsque je dors.


La nuit lorsque je dors, j'écris sur ce mur blanc dans mon esprit.

J'y écris poésie ou non.

L'irréel peut devenir réel.

J'écris le rêve.

Je peux redonner vie à ces Chevaux de la Terreur.

Et oui sur ce mur blanc je peux faire croître Cyprès, Lierres et chanter l'Orchidée !

Sur ce même mur je peux faire miroiter cet Émeraude Graaléienne.

Je peux y tuer ou ressusciter Démons Anges ou autres.

Et oui la nuit lorsque je rêve je peux y graver dans ce mur blanc ces fantômes du passé.

Et oui je peux tout sur ce mur , faire nager l'Épaulard et faire voler l'Aigle.

Oui je le peux , ce mur n'est que l'écran du cinéma de mon imaginaire dans mes rêves, dans mon imagination, dans ma tête.

Au réveil au travers e ma mémoire je retire le tout de sur ce mur blanc qui cède la place à ce papier blanc.

Tant qu'aux Chevaux de la Terreur, Cyprès, Aigle, Démons et Anges, ils ne deviennent que des mots sur ce papier blanc et ne vivent qu'à travers ce texte.



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L'AMI JOSEPH de Guy de Maupassant

08 02 2010

GUY DE MAUPASSANT

(1850 - 1893)


L'AMI JOSEPH

    On s'était connu intimement pendant tout l'hiver à Paris.
    Après s'être perdus de vue, comme toujours, à la sortie du collège, les deux amis s'étaient retrouvés un soir, dans le monde, déjà vieux et blanchis, l'un garçon, l'autre marié.
    M. de Méroul habitait six mois Paris, et six mois son petit château de Tourbeville. Ayant épousé la fille d'un châtelain des environs, il avait vécu d'une vie paisible et bonne dans l'indolence d'un homme qui n'a rien à faire. De tempérament calme et d'esprit rassis, sans audaces d'intelligence, ni révoltes indépendantes, il passait son temps à regretter doucement le passé, à déplorer les moeurs et les institutions d'aujourd'hui, et à répéter à tout moment à sa femme, qui levait les yeux au ciel, et parfois aussi les mains en signe d'assentiment énergique : "Sous quel gouvernement vivons-nous, mon Dieu ?"
    Mme de Méroul ressemblait intellectuellement à son mari, comme s'ils eussent été frère et soeur. Elle savait, par tradition, qu'on doit d'abord respecter le Pape et le Roi !
    Et elle les aimait et les respectait du fond du coeur, sans les connaître, avec une exaltation poétique, avec un dévouement héréditaire, avec un attendrissement de femme bien née. Elle était bonne jusque dans tous les replis de l'âme. Elle n'avait point eu d'enfants et le regrettait sans cesse.
    Lorsque M. de Méroul retrouva dans un bal Joseph Mouradour, son ancien camarade, il éprouva de cette rencontre une joie profonde et naïve, car ils s'étaient beaucoup aimés dans leur jeunesse.
    Après les exclamations d'étonnement sur les changements que l'âge avait apportés à leur corps et à leur figure, ils s'étaient informés réciproquement de leurs existences.
    Joseph Mouradour, un Méridional, était devenu conseiller dans son pays. D'allures franches, il parlait vivement et sans retenue, disant toute sa pensée avec ignorance des ménagements. Il était républicain ; de cette race de républicains bons garçons qui se font une loi du sans-gêne et qui posent pour l'indépendance de parole allant jusqu'à la brutalité.
    Il vint dans la maison de son ami, et y fut tout de suite aimé pour sa cordialité facile, malgré ses opinions avancées. Mme de Méroul s'écriait : "Quel malheur ! un si charmant homme !"
    M. de Méroul disait à son ami, d'un ton pénétré et confidentiel : "Tu ne te doutes pas du mal que vous faites à notre pays." Il le chérissait cependant, car rien n'est plus solide que les liaisons d'enfance reprises à l'âge mûr. Joseph Mouradour blaguait la femme et le mari, les appelait "mes aimables tortues", et parfois se laissait aller à des déclamations sonores contre les gens arriérés, contre les préjugés et les traditions.
    Quand il déversait ainsi le flot de son éloquence démocratique, le ménage, mal à l'aise, se taisait par convenance et savoir-vivre ; puis le mari tâchait de détourner la conversation pour éviter les froissements. On ne voyait Joseph Mouradour que dans l'intimité.
    L'été vint. Les Méroul n'avaient pas de plus grande joie que de recevoir leurs amis dans leur propriété de Tourbeville. C'était une joie intime et saine, une joie de braves gens et de propriétaires campagnards. Ils allaient au-devant des invités jusqu'à la gare voisine et les ramenaient dans leur voiture, guettant les compliments sur leur pays, sur la végétation, sur l'état des routes dans le département, sur la propreté des maisons des paysans, sur la grosseur des bestiaux qu'on apercevait dans les champs, sur tout ce qu'on voyait par l'horizon.
    Ils faisaient remarquer que leur cheval trottait d'une façon surprenante pour une bête employée une partie de l'année aux travaux des champs ; et ils attendaient avec anxiété l'opinion du nouveau venu sur leur domaine de famille, sensibles au moindre mot, reconnaissants de la moindre intention gracieuse.
    Joseph Mouradour fut invité, et il annonça son arrivée.
    La femme et le mari étaient venus au train, ravis d'avoir à faire les honneurs de leur logis.
    Dès qu'il les aperçut, Joseph Mouradour sauta de son wagon avec une vivacité qui augmenta leur satisfaction. Il leur serrait les mains, les félicitait, les enivrait de compliments.
    Tout le long de la route il fut charmant, s'étonna de la hauteur des arbres, de l'épaisseur des récoltes, de la rapidité du cheval.
    Quand il mit le pied sur le perron du château, M. de Méroul lui dit avec une certaine solennité amicale :
    "Tu es chez toi, maintenant."
    Joseph Mouradour répondit :
    "Merci, mon cher, j'y comptais. Moi, d'ailleurs, je ne me gêne pas avec mes amis. Je ne comprends l'hospitalité que comme ça."
    Puis il monta dans sa chambre, pour se vêtir en paysan, disait-il, et il redescendit tout costumé de toile bleue, coiffé d'un chapeau canotier, chaussé de cuir jaune, dans un négligé complet de Parisien en goguette. Il semblait aussi devenu plus commun, plus jovial, plus familier, ayant revêtu avec son costume des champs un laisser-aller et une désinvolture qu'il jugeait de circonstance. Sa tenue nouvelle choqua quelque peu M. et Mme de Méroul qui demeuraient toujours sérieux et dignes, même en leurs terres, comme si la particule qui précédait leur nom les eût forcés à un certain cérémonial jusque dans l'intimité.
    Après le déjeuner, on alla visiter les fermes : et le Parisien abrutit les paysans respectueux par le ton camarade de sa parole.
    Le soir, le curé dînait à la maison, un vieux gros curé, habitué des dimanches, qu'on avait prié ce jour-là exceptionnellement en l'honneur du nouveau venu.
    Joseph, en l'apercevant, fit une grimace, puis il le considéra avec étonnement, cormne un être rare, d'une race particulière qu'il n'avait jamais vue de si près. Il eut, dans le cours du repas, des anecdotes libres, permises dans l'intimité, mais qui semblèrent déplacées aux Méroul, en présence d'un ecclésiastique. Il ne disait point : "Monsieur l'abbé", mais : "Monsieur" tout court ; et il embarrassa le prêtre par des considérations philosophiques sur les diverses superstitions établies à la surface du globe. Il disait : "Votre Dieu, Monsieur, est de ceux qu'il faut respecter, mais aussi de ceux qu'il faut discuter. Le mien s'appelle Raison : il a été de tout temps l'ennemi du vôtre..."
    Les Méroul, désespérés, s'efforçaient de détourner les idées. Le curé partit de très bonne heure.
    Alors le mari prononça doucement :
    "Tu as peut-être été un peu loin devant ce prêtre ?"
    Mais Joseph aussitôt s'écria :
    "Elle est bien bonne, celle-là ! Avec ça que je me gênerais pour un calotin ! Tu sais, d'ailleurs, tu vas me faire le plaisir de ne plus m'imposer ce bonhomme-là pendant les repas. Usez-en, vous autres, autant que vous voudrez, dimanches et jours ouvrables, mais ne le servez pas aux amis, saperlipopette !
    - Mais, mon cher, son caractère sacré..."
    Joseph Mouradour l'interrompit :
    "Oui, je sais, il faut les traiter comme des rosières ! Connu, mon bon ! Quand ces gens-là respecteront mes convictions, je respecterai les leurs !"
    Ce fut tout, ce jour-là.
    Lorsque Mme de Méroul entra dans son salon, le lendemain matin, elle aperçut au milieu de sa table trois journaux qui la firent reculer : Le Voltaire, La République française et La Justice.
    Aussitôt Joseph Mouradour, toujours en bleu, parut sur le seuil, lisant avec attention L'Intransigeant. Il s'écria :
    "Il y a, là-dedans, un fameux article de Rochefort. Ce gaillard-là est surprenant."
    Il en fit la lecture à haute voix, appuyant sur les traits, tellement enthousiasmé, qu'il ne remarqua pas l'entrée de son ami."
    M. de Méroul tenait à la main le Gaulois pour lui, le Clairon pour sa femme.
    La prose ardente du maître écrivain qui jeta bas l'empire, déclamée avec violence, chantée dans l'accent du Midi, sonnait par le salon pacifique, secouait les vieux rideaux à plis droits, semblait éclabousser les murs, les grands fauteuils de tapisserie, les meubles graves posés depuis un siècle aux mêmes endroits, d'une grêle de mots bondissants, effrontés, ironiques et saccageurs.
    L'homme et la femme, l'un debout, l'autre assise, écoutaient avec stupeur, tellement scandalisés, qu'ils ne faisaient pas un geste.
    Mouradour lança le trait final comme on tire un bouquet d'artifice, puis déclara d'un ton triomphant :
    "Hein ? C'est salé, cela ?"
    Mais soudain il aperçut les deux feuilles qu'apportaient son ami et il demeura lui-même perclus d'étonnement. Puis il marcha vers lui, à grands pas, demandant d'un ton furieux :
    "Qu'est-ce que tu veux faire de ces papiers-là ?"
    M. de Méroul répondit en hésitant :
    "Mais... ce sont mes... journaux !
    - Tes journaux... Ça, voyons, tu te moques de moi ! Tu vas me faire le plaisir de lire les miens, qui te dégourdiront les idées, et, quant aux tiens... voici ce que j'en fais, moi..."
    Et, avant que son hôte interdit eût pu s'en défendre, il avait saisi les deux feuilles et les lançait par la fenêtre. Puis il déposa gravement La Justice entre les mains de Mme de Méroul, remit Le Voltaire au mari, et il s'enfonça dans un fauteuil pour achever L'Intransigeant.
    L'homme et la femme, par délicatesse, firent semblant de lire un peu, puis lui rendirent les feuilles républicaines qu'ils touchaient du bout des doigts comme si elles eussent été empoisonnées.
    Alors il se remit à rire et déclara :
    "Huit jours de cette nourriture-là, et je vous convertis à mes idées."
    Au bout de huit jour, en effet, il gouvernait la maison. Il avait fermé la porte au curé, que Mme de Méroul allait voir en secret ; il avait interdit l'entrée au château du Gaulois et du Clairon, qu'un domestique allait mystérieusement chercher au bureau de poste et qu'on cachait, lorsqu'il entrait, sous les coussins du canapé ; il réglait tout à sa guise, toujours charmant, toujours bonhomme, tyran jovial et tout-puissant.
    D'autres amis devaient venir, des gens pieux, et légitimistes. Les châtelains jugèrent une rencontre impossible et, ne sachant que faire, annoncèrent un soir à Joseph Mouradour qu'ils étaient obligés de s'absenter quelques jours pour une petite affaire, et ils le prièrent de rester seul. Il ne s'émut pas et répondit :
    "Très bien, cela m'est égal, je vous attendrai ici autant que vous voudrez. Je vous l'ai dit : entre amis pas de gêne. Vous avez raison d'aller à vos affaires, que diable ! Je ne me formaliserai pas pour cela, bien au contraire ; ça me met tout à fait à l'aise avec vous. Allez, mes amis, je vous attends."
    M. et Mme de Méroul partirent le lendemain.
    Il les attend.

3 janvier 1883

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Pensée de Jean-François Kahn

08 02 2010

 

« La droite : là est ancrée une impressionnante armada d’esprits étroits, d’idées poussiéreuses, de réflexes conditionnés, de réflexions figées, de pensées rétrogrades, d’insondable bêtise, d’ignorance crasse, d’intelligences sclérosées, d’imaginations absentes, de regards obscurcis par les œillères de l’obscurantisme. – Jean-François Kahn »

Page Wikipédia sur Jean-François Kahn http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Fran%C3%A7ois_Kahn

 


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Allez construis toi ce château .

07 02 2010

 

Allez construis toi ce château.
 

Allez construis toi ce château au sommet du Mont-De-La-Confusion, au milieu de cette Forêt de l'Oubli .

Allez construis ce château pour te protéger, te préserver de ces peurs.

Allez prend et lèves l'épée de la menace croyant éloigner cet ennemi.

Même si avec ta barque t'affronterais les courants du Fleuve de la Colère.

Et même si tu montais ces chevaux de la terreur, et chevauchais à travers ces éternelles plaines et marais de la solitude et de l'oublie.

Comment pourrais-tu t'éloigner et reléguer au passé cet ennemi ?

Si cet ennemi est dans tes entrailles.

Dis-moi !


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Banque à charges

06 02 2010



Banque à charges


Au-delà des chiffres avec Léo-Paul Lauzon

février 2010 00:00

Les banques canadiennes ont dilapidé des milliards en spéculant outrageusement avec l’argent des déposants sur des investissements pourris (PCAA). Afin de les «responsabiliser», les gouvernements leur ont allongé 200 G$ de fonds publics sans aucune condition, contrairement à d’autres pays, qui les ont nationalisées, taxées davantage et qui ont limité les rémunérations. Comme l’État a payé leurs gaffes avec des fonds publics, elles ont de nouveau réalisé des bénéfices records. Ici, pas question de les taxer pour payer ce qu’elles ont reçu. Elles poussent même le sarcasme jusqu’à suggérer, pour sortir de la crise dont elles sont responsables : «Les Québécois devront faire des “sacrifices”.» Faut taxer les victimes et aider les coupables.

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ALEXANDRE de Guy de Maupassant

05 02 2010

GUY DE MAUPASSANT

(1850 - 1893)

ALEXANDRE

    Ce fut ce jour-là, à quatre heures,comme tous les jours, qu'Alexandre amena devant la porte de la petite maison du ménage Maramballe la voiture de paralytique à trois roues, où il promenait jusqu'à six heures, par ordonnance du médecin, sa vieille et impotente maîtresse.

    Quand il eut placé ce léger véhicule contre la marche, juste à l'endroit où il pouvait faire monter facilement, la grosse dame, il rentra dans le logis et on entendit bientôt à l'intérieur une voix furieuse, une voix enrouée d'ancien soldat, qui vociférait des jurons ; c'était celle du maître, l'ex-capitaine d'infanterie en retraite, Joseph Maramballe.

    Puis ce furent un bruit de portes fermées avec violence, un bruit de chaises bousculées, un bruit de pas agités, puis plus rien, et après quelques instants Alexandre reparut sur le seuil de la rue, soutenant de toute sa force Mme Maramballe exténuée par la descente de l'escalier. Quand elle fut installée, non sans peine, dans la chaise roulante, Alexandre passa par-derrière, prit la barre tournée qui servait à pousser le véhicule, et le mit en route vers le bord de la rivière.

    Ils traversaient ainsi tous les jours la petite ville au milieu des saluts respectueux qui s'adressaient peut-être au serviteur autant qu'à la maîtresse, car si elle était aimée et considérée par tous, il passait, lui, ce vieux troupier à barbe blanche, à barbe de patriarche, pour le modèle des domestiques.

    Le soleil de juillet tombait brutalement sur la rue, noyant les maisons basses sous sa lumière triste à force d'être ardente et crue. Des chiens dormaient sur les trottoirs dans la ligne d'ombre des murs, et Alexandre, soufflant un peu, hâtait le pas afin d'arriver plus vite à l'avenue qui mène à l'eau.

    Mme Maramballe sommeillait déjà sous son ombrelle blanche dont la pointe abandonnée allait parfois s'appuyer dans le visage impassible de l'homme.

    Lorsqu'ils eurent atteint l'allée des Tilleuls elle se réveilla tout à fait sous l'ombre des arbres, et elle dit d'une voix bienveillante :

    "Allez plus doucement, mon pauvre garçon, vous allez vous tuer par cette chaleur."

    Elle ne songeait point, la brave dame, dans son égoïsme naïf que, si elle désirait maintenant aller moins vite, c'était justement parce qu'elle venait de gagner l'abri des feuilles.

    Près de ce chemin couvert par les vieux tilleuls taillés en voûte, la Navette coulait dans un lit tortueux entre deux haies de saules. Les glouglous des remous, des sauts sur les roches, des brusques détours du courant, semaient, tout le long de cette promenade, une douce chanson d'eau et une fraîcheur d'air mouillé.

    Après avoir longtemps respiré et savouré le charme humide de ce lieu, Mme Maramballe murmura :
    "Allons, ça va mieux. Mais il n'était pas bien levé aujourd'hui."
    Alexandre répondit
    "Oh non, Madame."

    Depuis trente-cinq ans il était au service de ce ménage, d'abord comme ordonnance de l'officier, puis comme simple valet qui n'a pas voulu quitter ses maîtres ; et depuis six ans, il roulait chaque après-midi sa patronné par les étroits chemins autour de la ville.

    De ce long service dévoué, de ce tête-à-tête quotidien ensuite, était résultée entre la vieille dame et le serviteur une espèce de familiarité, affectueuse chez elle, déférente chez lui.

    Ils parlaient des affaires de la maison comme on le fait entre égaux. Leur principal sujet de causerie et d'inquiétude était d'ailleurs le mauvais caractère du capitaine, aigri par une longue carrière commencée avec éclat, puis écoulée sans avancement, et terminée sans gloire.

    Mme Maramballe reprit :
    "Pour être mal levé, il était mal levé. Ça lui arrive trop souvent depuis qu'il a quitté le service."

    Et Alexandre, avec un soupir, compléta la pensée de sa maîtresse.

    "Oh ! Madame peut dire que ça lui arrive tous les jours et que ça lui arrivait aussi avant d'avoir quitté l'armée.

    - Ça c'est vrai. Mais il n'a pas eu de chance non plus, cet homme. Il a débuté par un acte de bravoure qui l'a fait décorer à vingt ans, et puis de vingt à cinquante il n'a pas pu aller plus haut que capitaine, alors qu'il comptait bien au début être au moins colonel à sa retraite.

    - Madame pourrait dire encore que c'est sa faute après tout. S'il n'avait pas toujours été doux comme une cravache, ses chefs l'auraient aimé et protégé davantage. Ça ne sert à rien d'être dur, faut plaire aux gens pour être bien vu.

    "Qu'il nous traite comme ça, nous autres, c'est notre faute aussi puisque ça nous plaît de rester avec lui, mais pour les autres c'est différent."

    Mme Maramballe réfléchissait. Oh ! depuis des années et des années, elle songeait ainsi chaque jour aux brutalités de son mari qu'elle avait épousé autrefois, voilà bien longtemps, parce qu'il était bel officier, décoré tout jeune, et plein d'avenir, disait-on. Comme on se trompe dans la vie !

    Elle murmura :
    "Arrêtons-nous un peu, mon pauvre Alexandre, et reposez-vous sur votre banc."
    C'était un petit banc de bois à moitié pourri planté au détour de l'allée pour les promeneurs du dimanche. Chaque fois qu'on venait de ce côté, Alexandre avait coutume de souffler quelques minutes sur ce siège.

    Il s'y assit et prenant dans ses deux mains, avec un geste familier et plein d'orgueil, sa belle barbe blanche ouverte en éventail, il la serra puis la fit glisser en fermant les doigts jusqu'à la pointe qu'il retint quelques instants sur le creux de son estomac comme pour l'y fixer et constater une fois de plus la grande longueur de cette végétation.

    Mme Maramballe reprit :
    "Moi, je l'ai épousé ; il est juste et naturel que je supporte ses injustices, mais ce que je ne comprends pas, c'est que vous l'ayez enduré aussi, vous, mon brave Alexandre !"
    Il fit un mouvement vague des épaules et dit seulement :
    "Oh ! moi... Madame."

    Elle ajouta :
    "En effet. J'y ai souvent pensé. Vous étiez son ordonnance quand je l'ai épousé et vous ne pouviez guère faire autrement que de le supporter. Mais depuis, pourquoi êtes-vous resté avec nous qui vous payons si peu et qui vous traitons si mal, alors que vous auriez pu faire comme tout le monde, vous établir, vous marier, avoir des enfants, créer une famille ?"

    Il répéta :
    "Oh ! moi, Madame, c'est différent." Puis il se tut ; mais il tirait sur sa barbe comme s'il eût sonné une cloche qui résonnait en lui, comme s'il eût cherché à l'arracher, et il roulait des yeux effarés d'homme plongé dans l'embarras.

    Mme Maramballe suivait sa pensée.
    "Vous n'êtes pas un paysan. Vous avez reçu de l'éducation..."
    Il l'interrompit avec fierté :
    "J'avais étudié pour être géomètre-arpenteur, Madame.
    - Alors, pourquoi êtes-vous resté près de nous, à gâcher votre existence ?"
    Il balbutia :
    "C'est comme ça ! c'est comme ça ! C'est la faute de ma nature.
    - Comment, de votre nature ?
    - Oui, quand je m'attache, je m'attache et c'est fini."
    - Elle se mit à rire.
    "Voyons, vous n'allez pas me faire croire que les bons procédés et la douceur de Maramballe vous ont attaché à lui pour la vie."
    Il s'agitait sur son banc, la tête visiblement perdue et il marmotta dans les longs poils de sa moustache :
    "C'est pas lui, c'est vous !"

    La vieille dame, qui avait une figure très douce, couronnée entre le front et la coiffure par une ligne neigeuse de cheveux frisés papillotés chaque jour avec soin et luisants comme des plumes de cygne, fit un mouvement dans sa voiture et contempla son domestique avec des yeux très surpris.

    "Moi, mon pauvre Alexandre. Comment ça ?"

   Il se mit à regarder en l'air, puis de côté, puis au loin, en tournant la tête, comme font les hommes timides forcés d'avouer des secrets honteux. Puis il déclara avec un courage de troupier à qui on ordonne d'aller au feu :
    "C'est comme ça. La première fois que j'ai porté à Mademoiselle une lettre du lieutenant et que

Mademoiselle m'a donné vingt sous en me faisant un sourire, ce fut décidé comme ça."
    Elle insistait, comprenant mal.
    "Voyons, expliquez-vous."

    Alors il jeta avec l'épouvante d'un misérable qui avoue un crime et qui se perd :
    "J'ai eu un sentiment pour Madame. Voilà !"

    Elle ne répondit rien, cessa de le regarder, baissa la tête et réfléchit. Elle était bonne, pleine de droiture, de douceur, de raison et de sensibilité.

    Elle songea, en une seconde, à l'immense dévouement de ce pauvre être qui avait renoncé à tout pour vivre à côté d'elle, sans rien dire. Et elle eut envie de pleurer.

    Puis, prenant une figure un peu grave, mais point fâchée :
    "Rentrons", dit-elle.

    Il se leva, passa derrière la chaise roulante, et se remit à la pousser.
    Comme ils approchaient du village, ils aperçurent au milieu du chemin le capitaine Maramballe qui venait vers eux.

    Dès qu'il les eut rejoints, il dit à sa femme avec le visible désir de se fâcher :
    "Qu'est-ce que nous avons pour dîner ?
    - Un petit poulet et des flageolets."
    Il s'emporta.

    "Un poulet, encore du poulet, toujours du poulet, nom de dieu ! j'en ai assez, moi, de ton poulet. Tu n'as donc pas une idée dans la tête que tu me fais manger tous les jours la même chose ?"

    Elle répondit, résignée :
    "Mais, mon chéri, tu sais que le docteur te l'ordonne. C'est encore ce qu'il y a de meilleur pour ton estomac. Si tu n'avais pas l'estomac malade, je te ferais manger bien des choses que je n'ose pas te servir."

    Alors, il se planta, exaspéré, devant Alexandre.

    "C'est la faute de cette brute-là si j'ai l'estomac malade. Voilà trente-cinq ans qu'il m'empoisonne avec sa saleté de cuisine."

    Mme Maramballe, brusquement, tourna la tête presque tout à fait pour apercevoir le vieux domestique. Leurs yeux alors se rencontrèrent et ils se dirent, dans ce seul regard : "Merci" l'un et l'autre.

2 septembre 1889

 

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Reprise des travaux parlementaires: Amir Khadir en appelle au courage politique

05 02 2010




Reprise des travaux parlementaires: Amir Khadir en appelle au courage politique

Le 4 février 2010

QUÉBEC, le 4 févr. - À quelques jours de la reprise des travaux parlementaires à l'Assemblée nationale, le député de Mercier a lancé un appel au courage à la classe politique et a enjoint ses collègues de l'opposition de former un front uni face au gouvernement pour exiger une commission d'enquête sur la collusion et la corruption dans l'octroi des contrats publics.

M. Khadir déplore que le gouvernement libéral semble en voie d'échapper aux conséquences des différents scandales liés au trafic d'influence qui ne cessent de surgir. "Pour s'opposer efficacement, les députés de l'opposition doivent avoir le courage de surmonter les lignes partisanes afin de répondre aux attentes de la population, a lancé le député solidaire. Avec un gouvernement libéral majoritaire, les partis d'oppositions ne peuvent avoir le dernier mot, mais les citoyens et les citoyennes si. Un appui massif de la population est notre seul rapport de force dans une requête où le gouvernement a beaucoup à perdre. Nous avons un devoir de solidarité pour refléter le consensus dans l'opinion publique à ce sujet."

Finances publiques :

Des décisions importantes se prendront bientôt pour combattre le déficit et renflouer les coffres de l'État. Pour Québec solidaire il est possible de mieux financer les services sans recourir aux hausses de tarifs et de taxes et sans piger dans les poches de monsieur et de madame Tout-le-Monde.

Québec solidaire constate que le gouvernement prépare la population à accepter des hausses de tarifs et de taxes. "Ce sont des solutions lâches, a lancé M. Khadir, car c'est facile de tout faire porter sur le dos des moins nantis, de toujours faire payer les classes moyennes."

Pour le député de Mercier, le gouvernement doit faire preuve courage politique et s'attaquer aux privilèges fiscaux des très bien nantis et des entreprises multimilliardaires qui une grande influence politique dans notre société. "Le gouvernement pourrait montrer un peu de courage et demander à ceux qui en ont les moyens de se serrer la ceinture à leur tour, explique-t-il. Il peut trouver des revenus qui lui manquent pour équilibrer le budget en allant chercher les redevances sur l'eau et l'exploitation minière, en maintenant la taxe sur le capital pour les entreprises financières et en instaurant un nouveau palier d'imposition (28 %) pour les personnes avec un revenu supérieur à 115 000 $."

Le 2 février dernier, la présidente et porte-parole de Québec solidaire Françoise David et le député de Mercier ont dévoilé une campagne sur le financement et la défense des services publics sur le site "couragepolitique.org". On y propose un questionnaire de consultation en ligne, des textes et vidéos explicatifs ainsi que des propositions d'actions. Au cours des prochaines semaines, Françoise David entreprendra une tournée des régions du Québec afin d'exposer les alternatives de Québec solidaire pour renflouer les coffres de l'État et assurer le financement de services publics de qualité.

 

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Fondation de la Greater Toronto Worker’s Assembly : vers un renouveau de la gauche militante toronto

04 02 2010

 



Fondation de la Greater Toronto Worker’s Assembly : vers un renouveau de la gauche militante torontoise

mardi 26 janvier 2010, par Xavier Lafrance
   

Le 16 janvier dernier avait lieu la deuxième rencontre de la Greater Toronto Workers’ Assembly. Plus de deux cents personnes, membres de 35 organisations luttant pour la justice sociale et de 20 syndicats locaux s’y sont réunies afin d’adopter un texte fondateur affirmant leur volonté de s’unir autour d’une vision politique « anti-capitaliste, anti-raciste, anti-impérialiste, féministe et pro-queer ». Cette rencontre de l’Assemblée marque un point tournant dans la reconstruction de la gauche militante torontoise.

Développer une nouvelle forme de politique


 

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Le CADTM dénonce le prêt du FMI et exige que les créanciers versent des réparations

03 02 2010



 Le CADTM dénonce le prêt du FMI et exige que les créanciers versent des réparations pour Haïti

Communiqué du CADTM

mardi 2 février 2010

Le 27 janvier dernier, le FMI se félicitait de sa réactivité face au désastre humanitaire en Haïti en décidant « une aide d’urgence » de 102 millions de dollars .

Pour le CADTM, une telle annonce est scandaleuse : ce que le FMI ose qualifier d’ « aide », en raison d’un délai de grâce de 5 ans et demi et de l’absence d’intérêts, constitue rien de moins qu’un prêt dont le capital devra être remboursé. Loin d’aider Haïti à se reconstruire, ce prêt va au contraire paupériser davantage le peuple haïtien en augmentant son endettement. Et comme si le peuple haïtien n’avait pas assez souffert, le FMI impose en contrepartie de ce prêt, inclus dans un programme d’ajustement structurel, l’application d’une série de mesures anti-sociales telles que l’augmentation du prix de l’électricité ou encore le gel des salaires dans le fonction publique ! Dans le même temps, son directeur général Dominique Strauss-Kahn appelle, sans aucune gêne, à la mise en place d’un plan Marshall pour Haïti, qui comprendrait l’annulation de sa dette.

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Taxer moins les riches pour accroître leur « générosité » ?

02 02 2010



Taxer moins les riches pour accroître leur « générosité » ?

mardi 2 février 2010, par Catherine Caron

Le samedi 30 janvier, des représentants des milieux universitaires, artistiques et de la bienfaisance se payaient une pleine page dans les journaux pour demander au gouvernement fédéral d’éliminer l’une des taxes sur les gains en capital.

Cette taxe au nom indigeste (taxe sur les gains en capital découlant de dons d’actions de sociétés fermées et sur les biens immobiliers) nuirait à la générosité du secteur privé dans les dons qu’il accorde. Il serait donc crucial de l’éliminer comme on l’a fait pour celle concernant les gains en capital de titres cotés en bourse, qui ne sont pas imposables s’ils prennent la forme de dons de bienfaisance.

 

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